N° 13 - Mai 2003
 
Béranger François
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Crédit: François Béranger

 

Dit "Le cactus"
13 titres - 53 min.
Ref : CD 1097 / M10 159 122
Sorti : 1997
Production : Futur Acoustic
Distribution : Musidisc


01 - Combien ça coûte ? 2'45
02 - Aux exclus 4'11
03 - Aux bouffons 4'57
04 - En avant ! 3'47
05 - L'Etat de merde 3'40
06 - Pour une fois... 5'00
07 - Evidence 3'38
08 - Marizibill 3'11
09 - Présence 2'50
10 - Les squelettes 3'25
11 - Antonio 5'15
12 - Fin de l'été 3'40
13 - Exterminateur 4'33

 
 
01 - Combien ça coûte ?


Puisque la seule valeur qui vaille / dans cette fin de millénaire, / c'est la monnaie, la mitraille, / le fric, le pèze, le numéraire, / la fortune, la grosse galette, / les avoirs et les pépettes, / le flouze et les picaillons, / le capital, et le pognon, / dans ma grande naïveté / une question me préoccupe : / la nouvelle pauvreté. / Faut nous dire combien ça coûte / un kilomètre d'autoroute, / Superphénix réformée, / un grand stade à footballer. / Combien ça coûte une famille / pour qu'elle survive une année? / juste en bouffant des lentilles / et en payant son loyer. / Combien ça coûte la souffrance? / Combien ça pèse la détresse? / Combien ça cote l'indigence / dans notre beau pays de France? / Oui, dites-moi combien ça coûte / un char Leclerc, un Exocet, / un joujou de chez Dassault, / un TGV supersonique? / Un cocktail ministériel, / une compagnie de C.R.S.? / Combien ça coûte le prestige? / Combien ça coûte la connerie? / La la la la la la lère ... / La la la la la la tsoin ...

 

02 - Aux exclus


Je sais qu't'as honte, mon pote, / tout seul, à te demander / quelles conneries t'as pu faire / pour en arriver là. / Ton proprio te vire, / ta femme se fait la malle, / tes enfants ont la honte, / tous tes copains ricanent. / Tout le monde te fait croire / que t'es un bon à nib. / Que tout ça c'est ta faute. / Que t'es pas un battant. / T'as du mal à penser. / Tu vas à la dérive / Derrière les barbelés / Du camp de l'exclusion. / Je sais qu'tu crois, mon pote, / Qu'ta dignité est morte. / Alors tu penses au gaz / mais le gaz est coupé. / Tu voudrais bien rentrer / dans l'oubli de la mort / doucement, tendrement, / comme dans une maîtresse. / Mais la mort est hostile / et tu attends, prostré, / que les Brigades Spéciales / t'emmènent vers le Quart-Monde. / A l'asile de nuit, / à la soupe populaire, / tes nouveaux camarades / te renvoient ton image. / Alors j'te dis, mon pote, / toute ta vie, toutes tes forces, / tu les as sacrifiées / à de fausses valeurs : / l'Etat et ses patrons / ses mensonges et ses lois. / La Morale du Travail. / L'Economie Mondiale. / Tu n'es que la victime / d'un complot bien monté : / celui de l'exclusion / parfaitement calculée. / Pour faire marcher le monde, / hier on t'exploitait. / Aujourd'hui on te jette. / Ca s'appelle le Progrès / Alors je crie, mon pote : / tu n'es vraiment pour rien / dans cette fin du monde, / dans cette Apocalypse. / On est seulement coupables / D'avoir été aveugles. / Nos brillants décideurs / que vont-ils faire de nous? / Partager les richesses? / Faut pas rèver, l'ami! / Nous mettre dans des camps / pour travailler à l'oeil? / Mettons-nous une étoile / pour bien nous reconnaitre. / Creusons-nous les méninges. / Réinventons la vie.

 

03 - Aux bouffons


Comme à l'école communale / pour nous rajeunir un p'tit poil, / utilisons des mots cochons / pour brocarder tous les bouffons. / Surement à cause de mon foie, / que j'ai sensible au moindre émoi, / (à moins qu'ce soit ma vésicule, / ou bien encore mon trou du cul) / je sens une pulsion colérique / me détruire les zygomatiques. / J'ai envie d'dire des mots salingues / pour éviter de tomber dingue / devant le spectacle infâme / de nos décideurs qui brâment / leurs sermons moralisateurs : / - Ayez confiance, n'ayez pas peur! / - Soyez solidaires, dynamiques! / - Ne fumez pas de hakike! / - Entreprenez! Investissez! / - Soyez forts et déterminés! / - Pour que l'Etat soit plusse balèse / - On vous piquera encore du pèze ... / Nous, pauvres cons, on baisse le front. / Et ils organisent l'exclusion! / Refrain : ENTOURÉ DE SES PORTE-COTON / LE GRAND MAMAMOUCHI NOUS FOURRE (bis) / A NOUS FAIRE EXPLOSER L'OIGNON / L'Univers entier nous envie / le talent de nos dirigeants / dont le cervelas rabougri / ne véhicule que du vent. / L'idée de la Pensée Unique / c'est : plus c'est nul, plus j'te nique. / C'est vous dire la force des concepts / qui germent dans leurs cerveaux ineptes. / La République, sans jeu de mots, / ils la prennent pour une pute. / Lui font des papouilles, des turlutes / et se foutent de guérir ses maux. / La trahison de leurs promesses / ils la lui mettent entre les fesses. / Le fin du fin, pour leur boutique, / c'est la renommée médiatique. / De leur bouche d'or, pointe, éructant, / leur langue de bois, cousue d'fil blanc. / Pour nous déverser un wagon / de lieux communs, comme des étrons./ Au refrain / J'entends déja l'réquisitoire / contre ma chanson-dégueuloir : / (mais la chanson n'est pas finite / faut récurer l'fond d'la marmite) / qui c'est ce peigne-cul sans façons / qui salit les institutions? / Qui c'est ce baveux malheureux / et ses rimes à la mord-moi-l'noeud? / Qui c'est ce teigneux anarchique / au mauvais goût catastrophique, / donnant des armes aux extrèmistes, / aux factieux, aux pourris, aux fascistes? / A vrai dire, j'en ai rien à faire / du bon goût et des bonnes manières. / Pourquoi nous laisser gouverner / par des bouffons-crétins fiéffés? / C'est de ne pas gueuler qu'on crève. / On a qu'une vie et elle est brève. / A cette pensée mes yeux se mouillent. / Faudrait plus qu'on nous casse les ... couilles! / Dernier refrain : Comme à l'école communale, / utilisons des mots cochons (http://www.lartscene.com/spacer.gif) / pour brocarder tous les bouffons.

 

04 - En avant !


Sur la vieille photo jaunie / c'est vos premières vacances. / Vous partez dans l'insouciance / sur deux vélos pourris. / De tes mains tu as cousu / pour dormir une tente. / Vous arrivez, incongrus, / sur une plage de Charente. / Les bourges ont peur des prolos / qui envahissent leur enclos. / Mépris, morgue compassée, / ils vous nomment : congés-payés! / Juste avant c'était Trente-six : / les métallos font la grève / pour un peu plus de justice, / plus de sous, plus de rêve. / Devant l'usine occupée, / à travers les grilles fermées, / chaque jour tu passais, fidèle, / à mon père sa gamelle. / Les hommes fatigués sourient : / ils défient l'Ordre Établi. / Venus des bals populaires / des musiciens jouent des airs. / Je vois dans le filigrane / de la vieille photo jaunie, / derrière vos vieilles bécanes / défiler tous vos acquits. / Toutes les générations, / têtues, jamais vaincues. / Leurs luttes contre l'oppression, / le Front Popu, la Sécu. / Mais la photo s'obscurcit. / Vos victoires sont bafouées. / Le monde regarde, suffoqué, / revenir la barbarie. / EN AVANT POUR LE GRAND BOND EN ARRIERE ! / EN AVANT! EN AVANT! EN AVANT!

 

05 - L'Etat de merde


Avant d'acheter ma Carte Vermeille, / pour faire des voyages au soleil, / ou entrer dans ma tour d'ivoire / pour enfin jouir de mes avoirs, / avant qu'ma tête soit ramollie, / avant qu'mon corps ait trop vieilli, / avant que les vers me ponctionnent, / je voudrais qu'on éclaire ma route, / que l'on m'explique une fois pour toutes / comment l'Etat ça fonct-i-onne . / Ce gros machin mystérieux / qui fait qu'les gens sont pas heureux. / Je dis, avant qu'ma voix n'se perde : / l'État, l'État, c'est ... l'État d'merde. / Dire qu'l'Etat est scatologique / c'est pas vraiment très sympathique / pour la vraie fiente, le vrai crottin / qui engraissent si bien nos jardins. / Comparer l'Etat à des tas / de bouse, de purin, de lisier, / c'est négatif comme postulat. / On est quand même les héritiers / de la Grande Révolution / que le monde entier nous envie. / Mais la pauv'vieille, pervertie, / épuisée par la concussion, / n'a plus vraiment grand'chose à perdre. / L'Etat, l'Etat, c'est ... l'Etat de merdRe. / L'Etat, après tout, c'est virtuel, / c'est comme le Bon Dieu et ses saints. / Ca n'a pas d'éxistence réelle, / ça sort de nos esprits malsains. / Mais ça commande à la Justice, / ça fait la loi et la police, / ça joue avec le nucléaire. / Ca décide si on fait la guerre. / Avec l'argent des citoyens, / avouez que c'est quand même pas rien. / Faut croire qu'on a l'esprit patraque / pour supporter de telles arnaques. / Masochistes on aime bien marcher / dans l'Etat, dans l'Etat de merde. / Ca fait soixante ans que j'respire / et plus ça va plus ça empire. / D'abord, cadeau à la jeunesse, / j'ai eu ma p'tite guerre coloniale. / Et puis racisme, fausse promesses, / Raîson d'Etat, discours moral. / On est menés par des badernes / Qu'il faudrait pendre à la lanterne. / On s'demande qui les a mis là ... / Pardi c'est vous, c'est nous, c'est moi! / Patrie, Nation, tout le grand jeu, / j'aurais aimé y croire un peu. / Désespéré, je m'asphyxie / dans l'Etat, dans l'Etat de merde.

 

06 - Pour une fois...


Messieurs-dames pour une fois / j'vais vous dire un truc sur moi, / une sorte de présentation / pour répondre à vos questions. / Je n'sais pas si j'suis poète / mais il me vient dans la tête / des images à foison / sur le monde et ses démons. / J'suis une sorte de chansonnier. / Je travaille dans mon grenier. / Je connais pas la métrique, / pas non plus l'art poétique. / J'suis l'éternel débutant. / Je ne sais rien, j'ai deux ans. / Je cache mes incertitudes / sous des abords un peu rudes. / J'vais faire une comparaison / qui va vous sembler bien ... con, / en utilisant une rime / juste comme ça, pour la rime. / Beaucoup de mes chansonnettes / sont comme des savonnettes : / elles me servent à me laver / du monde et de ses saletés. / Mais rassurez-vous, ça va. / J'ai un bon feu, j'ai un toit, / une auto, un chat, un chien, / j'aime manger et le bon vin. / Et j'ai le plus important / qui fait qu'on survit au temps, / car tous mes amours sont là / pour chanter avec moi. / Y'a une sorte de bonheur / à dire c'qu'on a sur le coeur. / Tant pis si c'est pas un tube : / je suis pas marchand d'tuyaux. / Puisqu'on est là faut bien vivre. / Il faut sourire, il faut rire. / Et j'vous invite avec moi / à faire la la la la ...

 

07 - Evidence



 

08 - Marizibill



 

09 - Présence



 

10 - Les squelettes


Les squelettes n'ont pas de seins / mais ils ont des hanches / Qu'ils soient de saints ou d'assassins / ils ont les mains blanches / Refrain :Dos à la mousse / brindille aux dents / la vie est douce / en attendant / Sur leur bouche où leur joie criait / la mort met sa clenche / A l'endroit où leurs yeux brillaient / poussent des pervenches / Refrain / Par les trous dont ils sont percés / comme dans des anches / le vent souffle pour les bercer / des airs de revanche / Refrain / Leur thorax est un balafon et les résonnances / des gouttes d'eau tombant là font / naître des nuances / Refrain / Mais un jour ils vont se dresser / balançant les hanches / Quand viendra le jour à danser / l'éternel dimanche / Dernier refrain : Dos à la mousse / brindille aux dents / la MORT est douce / en attendant.

 

11 - Antonio


Antonio, / fils de Borges-Peïnado, / le marchand de chevaux, / la lame de Tolède / dans sa ceinture d'argent, / attend que le rival / descende de chez sa belle. / Statue d'ombre, ne sent / ni le froid ni le temps, / et parle aux étoiles. / Dans la rose lumière / de six heures apparaît / le bellâtre béat, / les bottes à la main. / Antonio se montre : / - Mets tes bottes, maricon! / Allons vers l'écurie. / Le rival, dos au mur, / est livide comme la mort. / De son ventre clapote / un gargouillis infâme : / le rival se relâche! / - Tu pues, enfant! Retourne / chez ta mère! Qu'elle te lave! / Je ne salirai pas / ma lame de Tolède / dans un pot de chambre! / Antonio s'en va / en riant au soleil. / Ce soir il écrira / un tango.

 

12 - Fin de l'été


Fin de l'été le soleil s'en va / c'est bien banal, vers d'autres horizons. / On va s'enfermer dans nos maisons / comme des chaussures dans leurs cartons, / comme des objets sans destination. / Jusqu'à l'année prochaine. / Jusqu'à ce qu'il revienne. / Comme elle m'ennuie cette mélancolie. / Comme elle me mine cette grève de la vie. / Viens, jetons dehors la raison. / Viens, ouvrons la porte à la passion. / Mes mots te font rire, c'est déjà çà. / Et puis regarde en toi / Et puis regarde en moi. / Au fond de nous, l'été / Au fond de nous, soleil / Au fond de nous merveille / On se fout de la fin des saisons (bis) / Cette magie-là, ça marche ou ça marche pas. / Mais c'est pareil, du moment qu'on essaie. / Le vrai soleil sera jaloux / qu'à son insu on l'ait mis partout / Dans les rues, dans les gens, dans les jours / Les jours qui s'usent, / les jours qui usent / Au refrain.

 

13 - Exterminateur


Dans la steppe au phosphore / dans les champs de lythium / dans les fleuves au mercure / Sous un soleil de plomb / sur un nuage de soufre / gorgé de plutonium / Dans le vent désertique / chauffé par les torchères / des derricks en furie / Du haut d'un mirador / j'aperçois les barbares / envahir l'horizon / C'est pas les p'tits taggers / les enfants sans futur / les casseurs de banlieue / c'est pas les affamés / du charité-bizeness / Pas non plus les chômeurs / du quart-monde triomphant / qu'un gros porc arrogant / tirant sur son cigare / traite de fainéants / Cachez femmes et enfants / planquez tous vos dollars / descendez aux abris / Arrimez les blindages / condamnez les entrées / évitez les sorties / Préparez la survie / rationnez l'oxygène / comptez-vous. Faites l'appel / C'est les nouveaux barbares / qui cachent l'horizon / comme un vol de sauterelles / C'est les nouveaux barbares / puant de suffisance / sur nos espoirs en ruines / Les grands dégraisseurs / de société / Amasseurs de profits / générateurs de haine / allumeurs de conflits / Regardez-les polluer / notre terre et notre eau / Ricaneurs politiques / arnaqueurs de prestige / fossoyeurs de culture / abrutisseurs d'âmes / par voie médiatique / Je surgirai fatal / de la nuit médiatique / tout vêtu de cuir noir / EXTERMINATEUR EQUALISEUR / De mon oeil synthétique / jaillira le rayon / de justice immanente / EXTERMINATEUR EQUALISEUR / Bien que cybernétique / mon sourire montrera / mon plaisir à faire ça! / EXTERMINATEUR EQUALISEUR.

 

 


 

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