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Val Philippe
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Crédit : David Desreumaux
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Hôtel de l'Univers
14 titres
- 55 min Ref : 024202 Sorti : 1999 Production : Astérios Productions Distribution : Scalen
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01 -
Hôtel de l'Univers 4'07
02 -
Vive le sport 2'52
03 -
L'embarquement 4'28
04 -
Halte à la violence ! 3'27
05 -
Promenade sentimentale 1'51
06 -
Chanson pour Félix Leclerc 3'32
07 -
La marelle 4'20
08 -
La Marne 3'22
09 -
Le joueur de clairon 4'24
10 -
HLM de Paris 4'43
11 -
Léopoldine 3'13
12 -
Averroès 5'39
13 -
Le serpent et le hérisson 2'55
14 -
Résistance 5'47
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01 -
Hôtel de l'Univers
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Je suis parti
J’ai quitté Paris
J’ai compris que tout était foutu.
Je me suis dit
Un peu de midi
Ciel bleu et soleil
Réchauffent
Les pierres...
Pourquoi pas mon cœur ?
Refrain
Caché derrière les volets verts
Dans lÂ’ombre chaude
Seul dans ma chambre
Qu’est-ce que j’espère
Hôtel de l’Univers ?
Et
Le temps qui passe
La nuit repasse
Tout à l’envers
Hôtel de l’Univers.
Au restaurant
DÂ’une table voisine
Une mamie proprette me dit bonsoir.
Elle est charmante
Veuve et hollandaise
Son dentier me fait des sourires
Je plonge
Dans le journal
Local.
Au refrain.
Mon cœur est triste
CÂ’est plein de touristes
QuÂ’est-ce que je suis venu foutre ici ?
Ils sont tous laids
Dans leurs shorts anglais
Ils se filment en train de lécher
Des glaces
Roses et
Dégueulasses.
Au refrain.
Paroles : Philippe Val - Musique : Philippe Val
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02 -
Vive le sport
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I
Mon mari est un fou de foot
Bien calé sur son canapé
D'puis vingt ans qu'il boit et qu'il shoote
Son tour de taille a quadruplé
Ainsi se plaignait Marie-Reine
Dont le mari soutient lÂ’OM
A chaque match, au coup dÂ’envoi
Elle est à poil dans mon sofa.
II
Mon mari aime le tennis
En regardant les grands tournois
Il a tellÂ’ment fait dÂ’exercice
QuÂ’il a une cirrhose du foi.
Ainsi gémissait Marie Rose
Et quand revient Roland Garros
Pendant quÂ’son marie crie : Noah
EllÂ’ roucoulÂ’ quÂ’ellÂ’ nÂ’aime que moi.
III
Mon mari aime la Formule 1
Même au lit, c'est sa seule passion
Dès qu'il murmure : "Ce sera bien"
Il ajoute : "Putain, c'était bon."
Ainsi pleurait la belle Alice
Et pendant Minnéapolis
Elle se réfugie dans mes bras
Pour étudier l’kama sutra.
IV
Mon mari aime le vélo
A force de monter le col
Qui va du fauteuil au frigo
Il a des varicÂ’s aux guiboles.
Ainsi râlait la pauvre Hortense
Et quand revient le Tour de France
Tandis que Jules grimpe au Ventoux
Elle vient se jeter à mon cou.
V
Nos maris sont tous des drogués
Quand l'amour fait battre leur cœur
Ils sont tell'ment hallucinés
Qu'ils se tap'nt le cyclorameur.
On ne nous y reprendra plus
Pour satisfaire nos libidos
Contrair'ment aux idées reçues
Rien ne vaut un bon intello.
Paroles : Philippe Val – Musique : Emmanuel Binet
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03 -
L'embarquement
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JÂ’avoue quÂ’avant dÂ’embarquer
à bord de ce vieux piano
j’ai scruté la météo
j’ai longtemps flâné
sur un petit pont de pierre
cailloux blancs sous la rivière
village oublié
long dimanche d’été
doré.
Blanche ombellifère de dentelle
parcourue de soldats roug's et noirs
au creux de ma main la verte sauterelle
JÂ’ai perdu mon temps sans voir
sous les saules qui se balancent
la rivière emporter mon enfance.
JÂ’avoue quÂ’avant dÂ’embarquer
à bord de ce vieux piano
j’ai scruté la météo
j’ai longtemps flâné
pour attraper des sourires
des mots doux et des soupirs...
PÂ’tits bonheurs meurtris
par les coups pourris
dÂ’la vie.
Des plaques de rue des noms de ville
m’évoquent des prénoms d’amoureuses
des parfums perdus, des rimes malhabiles.
Pardon ma belle dormeuse
si je fuis comme un voleur
en emportant sur moi ton odeur.
JÂ’avoue quÂ’avant dÂ’embarquer
à bord de ce vieux piano
j’ai scruté la météo
j’ai longtemps flâné
au rendez-vous des copains
rêves fous et verres de vin
Un ami sÂ’endort
cÂ’est une rime en or
la mort.
Quand je suis au piano seul chez moi
derrière tes lunettes noirs pourquoi
viens-tu me dire que je joue comme un salaud.
Si t’étais resté vivant
cÂ’est toi qui sÂ’rait au piano
ne viens pas te plaindre maintenant.
JÂ’avoue quÂ’avant dÂ’embarquer
à bord de ce vieux piano
j’ai scruté la météo
j’ai longtemps flâné
Entre les trains, les avions
jusque derrière l’horizon
On la croit ici
elle a déjà fui
la vie.
Dans le café de l’aéroport
je mÂ’demande ce qui mÂ’attend dehors
quel monde pourri de soldats en treillis ?
Quel soleil sur quelle gadoue ?
Quelle folie sur quel dégoût ?
Moi je voudrais rentrer à Paris.
JÂ’avoue quÂ’avant dÂ’embarquer
à bord de ce vieux piano
j’ai scruté la météo
j’ai longtemps flâné
mais sans jamais perdre espoir
de vous trouver dans le noir
un soir comme ce soir.
Heureux de vous voir,
bonsoir.
Paroles : Philippe Val – Musique : Philippe Val
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04 -
Halte à la violence !
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Refrain :
Halte à la violence à la télé
Protégeons l’enfance
L'âge de l'innocence
Contre la violenc’ télévisée.
I
Dimanch’, comm’ j’étais fatigué
D’avoir tricoté des chaussettes,
Sur la Une, j’allum’ la télé,
Pour avoir des nouvelles des vedettes.
Je rangÂ’ ma pÂ’lotte et mes aiguilles,
JÂ’ouvre une canettÂ’ de camomille
Ainsi tout en me distrayant
Je vais me tenir au courant :
Sous son brushing, c’était Mad’lin
Qui fÂ’sait claquer ses dents dÂ’requins !
Il aboyait quÂ’Ã lÂ’avenir
Il nÂ’y aura pas deux solutions
Si lÂ’on veut quÂ’les salauds sÂ’en tirent
Il faudra faire cracher les cons.
Je suais, jÂ’avais les mains tremblantes
J’étais gagné par l’épouvante.
Si, juste avant l’heure du dîner
On programme de tell’s têtes de nœud,
Il faut pas jouer les étonnés
Si nos enfants deviennÂ’nt dangÂ’reux.
Au refrain.
II
L’autre soir, j’étais abruti
Je me sentais lÂ’cerveau tout mou.
J’mets la télé car je me dis
Qu’au moins là , je comprendrais tout.
Bien installé dans mon fauteuil,
JÂ’ouvre une canettÂ’ de tilleul
Ainsi tout en me délassant
Je vais me tenir au courant.
Aussitôt c’est le cauchemard
Car cÂ’est lÂ’heurÂ’ de Jean-Pierre Gaillard !
Le monde n'est plus qu'un taureau
Le dos planté d’indic’s boursiers
Agonisant sous les bravos
D’un Jean-Pierre Braillard déchaîné.
L’image était si dégoûtante
Que j’ai r’craché mon tilleul-menthe
Si c’est ça le chevalier blanc
Que l’on propose comme modèle
A nos enfants, pas étonnant
QuÂ’ils deviennent des criminels !
Au refrain.
III
LÂ’autre jour avec ma gonzesse
On avait un léger coup d’barre
En émergeant d’une petite sieste
Il était bien huit heures et quart.
J’débouche une canette de thym
Et j’allum’ pour voir les crétins.
Ainsi tout en récupérant
On va se tenir au courant.
Horreur, c’était le gros nazi
Qui postillonait ses connÂ’ries.
Sous l’œil du robot Claire Chazal
Il brossait le monde idéal
Où les cosmopolit’s comm’ nous
Dormiront tous au fond dÂ’un trou.
Moi qui compte vivre encore un peu
La terreur dressait mes chÂ’veux.
Faut pas jouer les innoncents
Quand on programmÂ’ de tellÂ’s horreurs
Il est normal que nos enfants
Un beau jour deviennÂ’nt dictateur.
Au refrain.
Paroles : Philippe Val – Musique : Emmanuel Binet
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05 -
Promenade sentimentale
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Le couchant dardait ses rayons suprêmes
Et le vent berçait les nénuphars blêmes ;
Les grands nénuphars entre les roseaux
Tristement luisaient sur les calmes eaux.
Moi j'errais tout seul, promenant ma plaie
Au long de l'étang, parmi la saulaie
Où la brume vague évoquait un grand
Fantôme laiteux se désespérant
Et pleurant avec la voix des sarcelles
Qui se rappelaient en battant des ailes
Parmi la saulaie où j'errais tout seul
Promenant ma plaie ; et l'épais linceul
Des ténèbres vint noyer les suprêmes
Rayons du couchant dans ses ondes blêmes
Et les nénuphars, parmi les roseaux,
Les grands nénuphars sur les calmes eaux.
Texte : Paul Verlaine - Musique : Philippe Val
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06 -
Chanson pour Félix Leclerc
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Quand j’étais enfant,
Tout petit enfant,
J’avais un grand-père
Extraordinaire.
Il jouait dÂ’la guitare,
Et le soir très tard
J’écoutais sa voix
Caché sous les draps.
Voix de basse profonde
Voix de bout du monde
Qui faisait trembler
Les goutt’s de rosée.
Terrien sans frontière,
Il bourrait ses malles
D’argent des rivières
Et d’or boréal.
Danseur pas banal
Il s’est envolé
Un soir dans un bal
Avec son aimée…
Parti jusquÂ’aux nues
Au milieu des anges
Puis il est revÂ’nu
De ce bal étrange.
Avec trois accords
Quelques mots amis
Que je chante encore
Lorsque je mÂ’ennuie.
Quand parfois sa route
Passait par chez moi
Il disait : « Ecoute »
« Le vent dans le bois,
CÂ’est le grand postier
Qui sort dÂ’une sacoche
Des lettres enchantées
PleinÂ’s de doubles croches.
Lettres déchirées,
Une fois recollées
Tu pourras y voir
Comme dans un miroir. »
JÂ’y voyais des femmes,
Des homm’s et des bêtes,
Des fêtes et des drames
Et des amourettesÂ…
JÂ’y voyais lÂ’amour
Que jÂ’aurais un jour
Et toutes les douleurs
Dont je suis lÂ’auteurÂ…
Le fond de la mer
Où dorment les fées,
Une guitare légère
Pour les réveiller,
La douleur humaine,
LÂ’honneur des petits,
LÂ’enfance et ses peines,
Les trains infinis.
J’écoutais la nuit,
Sa voix grave et chaude,
Moqueuse et amie,
Et jÂ’attendais lÂ’aube :
Alors, en cachette,
JÂ’grattais un accord
Pour changer d’planète
Et devenir fort.
Fort comme le grand-père
Qui parlait des dieux
En chantant la terre,
LÂ’eau, lÂ’air et le feu.
Dans le train du Nord,
Félix, il est mort,
Il file maintenant
JusquÂ’au firmament.
Mais en percutant
De l’éternité
Qui était devant,
Il a fait tomber
Quelque chose à terre
Qui pleure et qui rit
Et rend plus légère
Notre pauvre vie.
Paroles : Philippe Val – Musique : Philippe Val
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07 -
La marelle
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I
Bon dieu ! quÂ’as-tu bien pu trouver
A ces gamines mal lavées
Qui jouent encore à chat perché
En suçant leur pouc’ de bébé ?
II
QuÂ’allaient donc faire tes cheveux gris
Parmi ces corps tout gringalets,
Ces petits humains pas finis
Avec leurs parfums aigrelets ?
III
A jouer à chat, à la chandelle,
A sautiller dans leur marelle,
Tu as fini par leur fair'mal
Et glisser sur le Code Pénal.
IV
Leurs cernÂ’s un petit peu trop grand,
Leurs éclats de rire trop bruyants
Et les secrets quÂ’elles se murmurent
T’ont jeté entre quatre murs.
V
Nous, on se demandait toujours :
D’où est-ce qu’il vient, où est-ce qu’il court,
Avec sa bande de frimousses
Et les cent mille diabl’s à ses trousses ?
VI
Car pour toucher au rêve fou,
Frôler un bout de peau tabou,
Tu nous fuyais pour voyager
Dans une région enchantée,
VII
Où des princesses à la vie morne,
Mariées à des rois sanguinaires,
Attendent en brodant des licornes
Que Robin des Bois les libère.
VIII
Et tu croyais dur comme fer
QuÂ’il suffisait dÂ’un sabre en bois
Pour régner sur toutes les mers
Des Caraïbes au Canada.
IX
La cinquantaine bien sonnée,
Quatre siècles après Galilée,
Tu préférais croire que les fées
Allument le ciel étoilé,
X
QuÂ’il yÂ’a des lutins sur la lune
Que lÂ’univers est plein de fleurs,
Et que la vie a jailli dÂ’une
Boîte de crayons de couleur.
XI
Et tout cela pour oublier
QuÂ’aimer est un art difficile,
Que la vie est bien compliquée
Et que le bonheur est fragile...
XII
Ce doit être un très lourd tourment
DÂ’avoir toujours au fond de soi,
Dissimulé peureusement,
Un désir puni par la loi.
XIII
La solitude fait son nid
Souvent dans les passions fièvreuses.
Quant à vous tous, ô mes amis,
Bénissez vos amours joyeuses !
Paroles : Philippe Val – Musique : Emmanuel Binet
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08 -
La Marne
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La Marne verte coule entre champs et jardins
Et les vieilles maisons la regardent passer
Elle vient parfumer le Bassin Parisien
Troënes et lilas, glycines et lauriers...
Arbres et fleurs modestes, fierté de pauvres gens,
Petits choux de murailles qui poussent entre les pierres...
Mais quelle orgie dÂ’odeurs quand revient le printemps
Dans ces lopins payés par une vie entière...
J’ai vu d’autres rivières dont les noms font rêver
Le Mékong, la Volga, le Gange et l’Oubangui
Oui, mais que voulez-vous, je me suis habitué
A cette vieille Marne qui a bercé ma vie...
J’aime au fond de ses eaux la vie mystérieuse
Et je hais les pêcheurs d’y semer la terreur.
Gardons de vif argent, et carpes ténébreuses
Savoir que vous vivez suffit à mon bonheur.
J’aime ces amoureux couchés sur un talus
Où je me suis couché lorsque j’avais quinze ans,
Une herbe dans les dents, sous mon cou, le bras nu
De mon premier amour... Comme c’était charmant.
J’aim’ ces rêveurs qui fument en suivant les péniches
Avec des yeux qui ne font de tort à personne.
Loin des défits idiots et des records des riches
Dans le courant peinard, leur pensée s’abandonne...
Rivière d’Héraclite, ô plutôt deux fois qu’une
Tu es toujours la même, et toujours tu varies...
Toi et moi nous avons une passion commune :
On se laisse sans fin engloutir par Paris.
Paroles : Philippe Val – Musique : Emmanuel Binet
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09 -
Le joueur de clairon
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I
Quand la brumÂ’ du dimanchÂ’ matin
Caresse encore la rivière,
Il arrive, avec à la main,
Une petite valise en fer.
Les cygnes distingués mettent la tête sous l’aile
Les canards bougonnant lèvent les yeux au ciel...
Tel un moderne Akhénaton
Face à la montée du soleil
Il souffle à fond dans un clairon.
Et tout le quartier se réveille...
Tous les dimanches matins sans souffrir dÂ’exception
Sur les bords de la Marne, il sonne le clairon,
Ce gros con.
Dans cett’ banlieue huppée
Où dorment les docteurs
La grâce matinée
Se termine à six heures.
II
Il habite un gros pavillon
Gardé par des nains de jardin
Qui, dès que sonne le clairon,
Font un cercle autour dÂ’un moulin.
Et dans son jardinet, comme il craint les voyoux
Y’a des mines antichars entre les pièges à loup.
La sÂ’maine, il tient une mercerie,
Aux bourgeoises, il vend des boutons,
Mais la musiquÂ’, cÂ’est toute sa vie
Plus précisément, le clairon.
Alors tous les dimanches, et en toute saison,
Au bord de la rivière, résonne le clairon
De ce con.
Cett’banlieue mélomane
Subit chaque dimanche
Ses couacs de pétomane
Car il joue comme un manche...
III
Jambes écartées, au bord de l’eau
Boudiné dans son jogging vert
Il exécute fortissimo
Tous les airs de la Saint Hubert.
Les cygnÂ’s et les canards, inquiets de ce tocsin
Murmurent : “c’est la guerre”, en comptant leurs poussins.
Loin de ses fermetures Éclair
Le maître de la mercerie
Rêve qu’il voit passer des cerfs
Poursuivis par la cavalÂ’rie.
Tous les dimanch’s à l’heur’ des tièdes érections,
CÂ’est lÂ’air de lÂ’hallali qui lui sort du clairon.
Pauvre con.
Dans cette banlieue chic
Où les dam’s d’âge mûr
Apprécient la musique
C’est quand même un peu dur.
IV
Avec lÂ’air dÂ’un guerrier de Sparte
Qui s’en va conquérir Athènes
Il joue des airs de la Wehrmacht
A s’en faire péter les veines...
Les timides poul’s d’eau, affolées, déguerpissent,
S’exclamant indignées : mais que fait la police ?
A chaque fois que le FN
A remporté une élection
Pour fêter ça, à perdre haleine
Il a soufflé dans son clairon.
A tel point quÂ’un dimanche, il tomba du ponton
Il a coulé à pic, lesté par son clairon.
Ça, c’est con.
Il est mort le pauvre homme,
Ironie du destin,
Très exactement comme
Un jeune marocain.
Paroles : Philippe Val – Musique : Emmanuel Binet
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10 -
HLM de Paris
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Bien qu’il ne soit pas à Sarcelles
JÂ’connais aussi un HLM
Où vivent une bande de salauds
Comme dans la chanson dÂ’Renaud
Tous des minables des abrutis
Des voyous, des taches, des voleurs,
Des parasites, des profiteurs
Dans mon HLM de Paris.
Dans le parking tu nÂ’y crois pas
TellÂ’ment il y a de caisses pourries
Des vieux modèles d’au moins six mois
De Mercedes, de Ferrari
Avec leurs plaques diplomatiques
Toutes ces poubelles sont pathétiques
Ah putain cÂ’quÂ’elle est dure, la vie
Dans mon HLM de Paris.
Au rez-de-chaussée, y’a un taré
CÂ’est le neveu du maire adjoint
Qui vit avec son caniche nain
Dans 250 mètres carrés
Il bricole dans lÂ’import export
Il vend des ronds-points au Mali
Et des feux rouges au Salvador
Dans mon HLM de Paris.
Il y a un Arabe au premier
Tu devrais voir ses vingt mousmées
Quand elles sortent faire leurs emplettes
Elles se déguisent en boîte aux lettres.
Comme il est roi dÂ’Abou Dabi
Il paye son loyer, cÂ’est normal,
Directement en points Total
Dans mon HLM de Paris.
Au deuxième il y’a les bureaux
D’une société dont le boulot
Est d’employer une secrétaire
Qui fait des rapports pour le maire.
Pour 80000 balles tout rond
Elle arrose un philodendron
Et parfois elle va faire pipi
Dans mon HLM de Paris.
Au troisième il y’a un paumé
Un cas social, un demeuré
Tous les midis, dès qu’il s’réveille
Il écoute à fond Yves Duteil.
Il a toujours un air sinistre
Il faut dire que cÂ’est pas une vie
D’être fils de premier ministre
Dans mon HLM de Paris.
Au quatrième, il y’a un black
Sans papier, mais proche de Chirac
Il est un p’tit peu soupçonné
D’avoir un peu génocidé
La moitié des gens d’son pays
Comm’ la France l’a un peu aidé
Il est blanchi nourri logé
Dans mon HLM de Paris.
Au cinquième, y’a un journaliste
Un libéral néotrotskyste
Il n’écrit jamais d’mal du maire
Vu quÂ’il lui doit son pied-Ã -terre...
Pour 2500 balles à peine
Un petit F5 sur la Seine
Ca incite à rester poli
Avec monsieur lÂ’maire de Paris.
Enfin, il y a sur le toit
Un loft avec un pÂ’tit jardin
Où loge un magistrat sympa
Qui aime dépanner les copains.
Il fait des pÂ’tits trous dans la terre
Pour enterrer toutes les affaires
Qui pourraient nous gâcher la vie
Dans mon HLM de Paris.
Dans lÂ’escalier yÂ’a Conchita
Qui fait l’ménage du haut en bas
Elle vit avec ses trois marmots
Dans un placard sans lavabo.
Ça fait dix ans que tout’s les s’maines
Elle écrit au maire de Paris
Pour obtenir un HLM
On lui répond qu’ils sont tous pris.
Bien qu’il ne soit pas à Sarcelles
JÂ’connais aussi un HLM
Où vivent une bande de salauds
Comme dans la chanson dÂ’Renaud
Tous des minables des abrutis
Des voyous, des taches, des voleurs,
Des parasites, des profiteurs
Dans mon HLM de Paris.
Paroles : Philippe Val – Musique : Emmanuel Binet
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11 -
Léopoldine
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I
Elle avait un prénom de roman
Un joli prénom : Léopoldine
Sur la Seine, avec son jeune amant,
Elle canotait, gentille ondine.
Elle était si chère
Au cœur de son père
Qu’il était un peu jaloux
De lÂ’amoureux fou
Qui lui volait sa divine,
Sa Léopoldine.
Victor Hugo, blafard, au fond dÂ’une berline
En lisant son journal, s’écrie : Léopoldine !
Ô la belle petite robe qu’elle avait, vous rappelez-vous ?
II
Il ne pourra jamais oublier
Ce fait-divers vieux dÂ’une semaine :
Léopoldine Hugo s’est noyée
Hier, dans lÂ’estuaire de la Seine.
Elle était si chère
Au cœur de son père
QuÂ’il crut quÂ’elle vivait encore
Par-delà la mort
Qui lui volait sa divine
Sa Léopoldine.
Un jour, place des Vosges, visitant sa maison,
J'ai volé cette phrase pour faire une chanson :
Ô la belle petite robe qu’elle avait, vous rappelez-vous ?
Paroles : Philippe Val – Musique : Emmanuel Binet
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12 -
Averroès
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I
Cette nuit, je travaille tard...
Il saute sur mon piano noir
Et me fixe avec attention
Assis sur une partition.
Avec la détente d’un arc,
D’un seul bond, il atteint Pétrarque,
Enjambe Hugo et La Fontaine,
Longe la Comédie Humaine...
Enfin, il ferme ses yeux dÂ’or
Il replie les pattes et sÂ’endort
Après un bâillement d’ennui
Entre les Mille et une nuits.
Est-ce son museau dÂ’oriental
Qui a guidé cet animal ?
Mélange de Perse et de gouttière,
Il aime l’or et la poussière,
Les crimes sucrés et charmants,
Les amantes aux ongles piquants
Qui l’entraînent au bout de la nuit
JusquÂ’Ã ce que jÂ’aie peur pour lui.
II
Je cours après mon chat perdu
Dans un Orient disparu
Où des génies boivent le thé
Derrière des piles de paniers,
Où des gosses, avec un canif
Sculptent les rêves des califes :
D’énigmatiques souveraines
D’échiquier d’ivoire et d’ébène.
Il faudrait un rêve puissant
Ou encore un tapis volant
Pour trouver trace dÂ’un matou
Entre Samarcande et Cordoue...
Ça sent la sueur et le jasmin,
Le cuir, le tabac, le cumin...
Des égorgeurs aux ongles noirs
Dans l’ombre, affûtent leurs poignards...
D’une petite croisée fleurie,
Un vieil homme aux yeux qui sourient
M’invite à entrer sans façon
Me reposer dans sa maison.
III
Il tient entre ses fines mains
Un manuscrit en grec ancien.
Il dit : “Je suis Averroès,
Je sais où les chats disparaissent.
N’invoque ni le dieu Chrétien
Ni le Juif, pas plus que le mien,
Ni le diable et ses vaines flammes,
Ni tous les génies de l’islam.
Tu nÂ’as quÂ’Ã suivre mon conseil :
Il suffit que tu te réveilles
Pour enfin retrouver ton chat.
En échange, ne m’oublie pas.
Moi qui rêvai toute ma vie
LÂ’Arabie et lÂ’Europe unies
Je voudrais que mon souvenir
Vous aide à ne plus vous haïr.”
J’obéis et j’ouvre les yeux.
Je vois mon piano silencieux
Et mon chat rouquin qui paresse
Sur un bouquin d’Averroès.
Paroles : Philippe Val – Musique : Emmanuel Binet
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13 -
Le serpent et le hérisson
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Refrain :
Changez vos cavalières
Par devant par derrière
Par en haut par en bas
Et reculez d'un pas
Avancez le menton
Et frappez du talon
Demain faut labourer
Ce soir on va danser.
Tam di delam,
Tout l'monde balance et puis tout l'monde danse
Tam di delam
Et swingue la bacaisse dans l'fond d'la boîte à bois !
1
Un jour une dame serpent
Épanouie, dans la fleur de l’âge.
Tombe amoureuse, c’est fréquent,
DÂ’un jeune tuyau dÂ’arrosage.
Et contre lÂ’avis familial
Ils ont copulé, c’est idiot,
Car ils nÂ’ont pas pu, cÂ’est fatal,
Mettre au monde un petit tuyau.
2
C’est l’histoire d’un jeune hérisson
Qui se promène dans la nature.
Soudain il tombe en pâmoison
Devant une brosse à chaussures.
Contre les avis, les conseils
Ils s’épousèrent sur le champ,
Mais comme la brosse était trop vieille
Ils ne firent jamais dÂ’enfants.
3
Souvenez-vous filles et garçons
Du serpent et du hérisson :
Écoutez toujours vos aînés
Avant de fonder un foyer.
Si vous voulez jouir un jour
DÂ’une famille et dÂ’unÂ’ voiture
Il vous faut oublier lÂ’amour
Et obéir à la nature.
Paroles : Philippe Val – Musique : Emmanuel Binet, Philippe Val
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14 -
Résistance
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Hypocrite spectateur, mon semblable, mon frère, parlons-nous franchement. Le monde est cruel, barbare, injuste ? Ce n'est pas nouveau. Il a atteint des sommets dans l'horreur au XXème siècle ? C'est vrai. La course du monde est chaotique. Y a-t-il ou non progrès ? Allez savoir... Du plus loin que l'on observe l'humanité, il y a toujours eu des collabos de la barbarie et des résistants qui luttent pour la civilisation.
Avouons-le une bonne fois pour toutes. Lutter, résister aux chasseurs, aux aficionados, aux fascistes, aux requins ultra-libéraux, aux crétins vulgaires de la télé, aux pollueurs, aux empoisonneurs, à la bêtise au front de taureau qui emperlait de sueur les tempes de Flaubert, avouons-le, dégommer les traditions imbéciles, les idées reçues, les coutumes assassines : ça fait du bien. Ça donne un sens à notre vie. Ne prétendons pas nous sacrifier, mais, au contraire, avouons le plaisir, la joie et parfois le bonheur que l'on a à affronter la bête. L'écrivain, le chanteur, le poète, le dessinateur, le philosophe qui s'échinent à faire reculer la laideur, sont heureux de faire ce qu'ils font avec les armes non-violentes qu'ils ont choisies. Ils sont fiers de se battre avec des formes, des idées, des mots, des sons, quand d'autres en sont encore à recourir à la violence physique pour sortir du moindre de leur dilemme.
Avouons qu'on ne se sacrifie jamais à une cause, à moins d'être un curé ou un imbécile. On tire une justification joyeuse de nos vies à tenter de mettre au monde quelque chose qui nous plaît à la place de quelque chose qui nous déplaît. Résister rend heureux. C'est la soumission à l'inacceptable qui est désespérante. Lutter contre le F.N. n'est pas déprimant. C'est se résigner à lui qui est mélancolique. Si la résistance n'était pas joyeuse, au nom de quoi résisterions-nous ?
Et d'ailleurs, la résistance, ça marche. La France jusqu'au XVIIIème siècle était un pays de culs-bénits. Arrivent les philosophes des Lumières, et Voltaire (Mickaël Jackson, avec le cerveau en plus) avec son dictionnaire philosophique. Desserrer l'emprise des religieux sur le pays semblait une utopie... Et pourtant, de résistance en résistance, arriva la date fatidique de 1905 : séparation de l'Église et de l'État. La France, aujourd'hui, est un pays laïque.
Et la peine de mort ? Qui, en 1973, pouvait affirmer qu'un jour la peine de mort serait abolie en France ? Et on en a fait, des concerts, des livres, des articles en faveur de l'abolition ! Et nous n'étions qu'une minorité. Mais une minorité agissante. Et la peine de mort fut abolie. Tiens, le Paris-Dakar. Cette merde néocolonialiste de crétins milliardaires qui défoncent les routes du tiers-monde avec leur tas de ferraille qui coûtent des millions. On n'était qu'une poignée à gueuler contre cette connerie. Eh bien, ils n'osent même plus partir de Paris, les lâches... Ils sont partis de Bordeaux, puis de Grenade. Une fois, ils sont partis directement de Dakar, pour aller à Dakar, je ne sais pas ce qu'ils ont foutu, le tour du périphérique... Ils sont foutus.
Pareil pour les chasseurs. On arrivera un jour ou l'autre à leur envoyer dans les pattes une réglementation européenne qui les obligera à ne tirer qu'avec des pistolets à eau. Et encore, à eau tiède, pour ne pas que les lapins s'enrhument.
La résistance, ça marche ! Certains nous disent : oui, mais combien de résistants en France ? Cent, mille, deux cent mille, un million ? C'est dérisoire ?... Mais non, ça n'est pas dérisoire !
Ce sont toujours les minorités qui ont poussé la bonne grosse connerie majoritaire au fond de la falaise.
Résister, c'est vivre.
Nos neurones ne nous enivrent qu'en fonctionnant. C'est leur engourdissement soumis qui nous tue. L'air sinistre que prennent ceux qui défendent les grandes causes est la preuve de leur hypocrisie curaillonne. Il faut se méfier des philosophes qui ne rient jamais. Généralement, ils vivent plus longtemps que leurs disciples.
Paroles : Philippe Val – Musique : Emmanuel Binet
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